Cirques avec animaux à Léognan,
Monsieur le Maire ne peut pas se déclarer impuissant

Monsieur Le Maire de Léognan,

Vous avez récemment fait parvenir un courrier dans toutes les boîtes aux lettres de la commune, dans lequel vous écrivez que « Léognan doit rester ce refuge (…) préservée autant que faire se peut des désordres du monde ».

Nous partageons cette aspiration. Mais encore faut-il nommer ces désordres. Parmi eux figure l’effondrement du vivant. Le dernier Rapport Planète Vivante du WWF indique qu’entre 1970 et 2020, la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies a diminué de 73 %. Ce chiffre dit quelque chose de vertigineux sur notre rapport au vivant.

Dans ce contexte, l’installation d’un cirque présentant des animaux sauvages ne peut pas être traitée comme une simple affaire privée ou administrative. C’est une question éthique, politique et écologique.

La présence de l’hippopotame Jumbo, signalée depuis des années par les associations de protection animale, illustre cette urgence. One Voice a encore alerté en janvier 2026 sur l’état de santé de Jumbo, en s’appuyant sur un rapport vétérinaire évoquant une situation de grande souffrance.

Or, face aux sollicitations répétés des habitants de Léognan (appels des administrés à l’accueil de la mairie, des milliers de messages sur les réseaux sociaux) concernant la présence du cirque Zavatta, la communication officielle de la mairie indique :

« Le cirque est actuellement installé sur un terrain privé. À ce titre, bien que la municipalité reste attentive aux préoccupations exprimées par les habitants, son implantation relève d’un cadre juridique spécifique qui ne lui permet pas d’intervenir. »

Cette réponse est trop courte. Elle donne le sentiment que la commune serait juridiquement désarmée. Ce n’est pas exact.

LE MAIRE NE PEUT-IL VRAIMENT RIEN FAIRE ?

Il est vrai qu’un maire ne peut pas interdire n’importe quel cirque, n’importe où et n’importe comment. Il est vrai qu’une interdiction générale et absolue serait fragile juridiquement. La jurisprudence l’a rappelé : toute décision doit être nécessaire, motivée et proportionnée.

Mais cela ne signifie pas que le maire ne peut rien faire.

Même sur un terrain privé, un chapiteau ouvert au public n’échappe pas au contrôle communal. L’organisateur doit produire les documents nécessaires à la sécurité du public. Le maire peut contrôler les conditions d’ouverture, saisir la commission de sécurité si nécessaire, vérifier l’implantation, les accès, les sorties, les circulations et les conditions d’accueil du public.

Le maire est également responsable de la tranquillité publique. Le Code général des collectivités territoriales lui donne compétence pour prévenir les troubles de voisinage, les nuisances sonores, les problèmes de circulation, de stationnement et les atteintes à la salubrité ou à la sécurité publiques.

Cela concerne directement les véhicules de publicité sonore circulant dans les rues avec des haut-parleurs. Une diffusion répétée, bruyante, insistante, réalisée à proximité des écoles, crèches, EHPAD, zones résidentielles ou équipements publics peut être réglementée par arrêté municipal.

Le maire peut aussi agir sur la circulation et le stationnement. Il peut restreindre l’accès de certaines voies, encadrer l’arrêt et le stationnement, et faire appliquer les règles relatives aux véhicules utilisés comme supports publicitaires. Le Code de l’environnement interdit notamment à ces véhicules de stationner ou de séjourner dans des lieux où leur publicité est visible depuis une voie ouverte à la circulation publique.

Stationnement contraire à l’article R.581-48 du Code de l’environnement

Il peut également faire respecter les règles d’affichage. L’affichage sauvage, les dispositifs publicitaires irréguliers et les atteintes au domaine public routier peuvent donner lieu à mise en demeure, verbalisation et retrait.

Enfin, le droit national évolue clairement. Depuis la loi du 30 novembre 2021, la France organise la sortie progressive des animaux d’espèces non domestiques dans les cirques itinérants. L’acquisition et la reproduction de ces animaux en vue de leur présentation au public sont interdites, et leur détention, leur transport et leur présentation seront interdits dans les établissements itinérants à l’horizon de la fin 2028.

Le sens de l’histoire est donc clair : la France sort progressivement du modèle des cirques itinérants avec animaux sauvages.

CE QUE NOUS SOUHAITONS

Nous demandons donc que la commune prenne une position politique forte : refuser l’accueil des cirques exploitant des animaux vivants, et en particulier des animaux sauvages, sur le territoire communal, y compris lorsque l’installation se fait sur un terrain privé ouvert au public, dans le respect du cadre juridique applicable.

Cette position ne doit pas prendre la forme d’un simple slogan. Elle doit se traduire par un cadre municipal précis, juridiquement motivé et proportionné, fondé sur les pouvoirs réels du maire : sécurité du public, tranquillité publique, circulation, stationnement, protection des riverains, contrôle des établissements recevant du public, prévention des nuisances et respect des règles applicables aux animaux non domestiques.

Concrètement, la commune pourrait prévoir :

  • l’obligation de déclaration préalable de toute installation de chapiteau, tente ou structure accueillant du public ;
  • la transmission du registre de sécurité, des attestations d’assurance, du plan d’implantation, des accès, des dégagements et des circulations ;
  • la production des autorisations administratives relatives à la détention et à la présentation d’animaux d’espèces non domestiques ;
  • le refus d’ouverture au public en cas de défaut de pièces, d’insuffisance de sécurité, de risque pour le public ou de non-respect des règles applicables ;
  • l’encadrement ou l’interdiction de la publicité sonore non autorisée, notamment près des écoles, crèches, résidences de personnes âgées, EHPAD, équipements publics et zones résidentielles ;
  • l’application stricte des règles relatives aux véhicules utilisés comme supports publicitaires ;
  • la verbalisation de l’affichage sauvage et la mise en demeure de retirer les dispositifs irréguliers ;
  • la mise en demeure immédiate en cas d’occupation irrégulière du domaine public ou de trouble constaté ;
  • la saisine de la préfecture et de la DDPP en cas de doute sur les conditions de détention, de transport ou d’utilisation des animaux.

De nombreuses communes ont déjà pris position, sous des formes diverses : vœux politiques, délibérations, arrêtés municipaux ou encadrement de l’occupation du domaine public. Cette voie existe. Elle demande simplement du courage politique et de la rigueur juridique.

La jurisprudence impose la prudence, mais elle ne justifie pas l’inaction. Elle invite au contraire à agir sérieusement : non par une interdiction fragile, mais par un cadre municipal précis, motivé, proportionné et adapté aux circonstances locales.

Léognan peut choisir d’accueillir une culture vivante, populaire, familiale et créative, sans cautionner l’exploitation du vivant. Le cirque sans animaux existe déjà : l’Écocirque d’André-Joseph Bouglione, le Cirque Phénix, le Cirque Plume, le Cirque du Soleil ou encore le Cirque Trottola démontrent qu’il est possible d’émerveiller petits et grands par le talent humain, la poésie, l’acrobatie, la musique et l’imaginaire. Ce cirque-là se réinvente, respecte le vivant et mérite d’être soutenu.

Monsieur le Maire, vous dites vouloir préserver Léognan des désordres du monde. Alors préservons-la aussi de cette vieille idée selon laquelle un animal sauvage aurait sa place dans une cage, sur un parking, sous un chapiteau, au service d’un spectacle.

Le droit évolue. La société évolue. Les consciences évoluent.

Il est temps que Léognan évolue aussi.

Le Collectif Citoyen Léognan 2026