À Léognan, le début du mandat ressemble au teasing d’une série locale dont on ne connaît pas encore le titre, mais dont le scénario se dessine déjà. Le décor est posé, les rôles distribués… et surtout ce petit parfum de “on a toujours fait comme ça” qui flotte dans l’air avant même le premier vote.
Depuis l’installation du nouveau conseil municipal, trois conseils municipaux et des séquences qui retiennent l’attention. Séparément, elles pourraient passer pour de simples scènes d’ouverture. Ensemble, elles racontent une manière d’exercer le pouvoir, de cadrer le débat et de parler d’ouverture… à condition qu’elle reste soigneusement maîtrisée.
Épisode 1 : le décor est planté
Le 28 mars 2026, la salle est pleine avec un public attentif et une majorité en ordre de marche. Sans surprise, le maire est élu par ses colistiers, puis neuf postes d’adjoints sont créés dans la foulée. Du classique, parfaitement huilé.
Puis survient un premier moment révélateur. Les élus du Collectif citoyen proposent que la charte de l’élu local, inscrite dans la loi, soit signée par chaque élu. Rien d’extraordinaire : simplement pour donner une portée concrète à des principes affichés partout ailleurs.
Et pourtant, refus.
La charte sera lue, pas signée. Rappeler les principes, oui. S’y engager formellement, non.
Un détail, peut-être. Mais, en politique, les détails ont souvent le mérite de révéler l’essentiel. Dès ce premier épisode, le ton est donné : on parlera volontiers d’éthique, de transparence et de respect… tant que cela reste dans le registre de la voix off.
Épisode 2 : le pluralisme sous contrôle
Le 7 avril, changement de décor : le conseil municipal se transforme en marathon institutionnel. À l’ordre du jour, la désignation des membres des commissions et des représentants dans divers organismes. Là encore, peu de suspense. La majorité garde la main sur l’essentiel, et l’opposition n’est associée que lorsque la loi l’impose.
Quelques rebondissements viennent toutefois animer la séance. Les élus du Collectif citoyen demandent d’élargir la composition du CCAS pour qu’elle reflète mieux la diversité des acteurs sociaux du territoire. Le maire propose alors de reporter la délibération, laissant croire qu’un ajustement est envisageable. On se dit : très bien, le débat est utile. Mais quelques jours plus tard, le sujet revient en procédure d’urgence… sans aucune modification. Le report aura surtout servi à revenir plus vite au point de départ.
Le moment le plus étonnant concerne la Commission communale des impôts directs (CCID). La loi prévoit que le conseil municipal propose au directeur départemental des finances publiques une liste de 32 noms. Mais ici, le maire arrive avec sa propre liste, sans concertation préalable. Et, comme par hasard, aucun représentant du collectif citoyen n’y figure. Léognan aura donc découvert, ce soir-là, une interprétation très personnelle de la notion de “proposition collective”. Oubli ? Hasard ? Le doute demeure.
Puis vient la délibération sur la longue liste de prérogatives que le conseil municipal délègue au maire, dont la fixation des tarifs des services municipaux. En clair, ces décisions pourront être prises sans débat préalable. Derrière une délibération en apparence technique se cache pourtant une vraie question politique : qu’est ce qu’on décide ensemble, et qu’est ce qu’on préfère soustraire au débat public ? Rappelons ici que la Cour des comptes elle-même recommande, au nom de la transparence et de la réflexion collective, que la question des tarifs demeure de la compétence du conseil municipal plutôt que de relever du seul maire.
À ce stade, une impression se confirme : les discours sur le dialogue, la collaboration et le respect sont bien présents. Ils figurent dans les intentions du générique, mais leur traduction concrète semble, elle, réservée au making of.
Épisode 3 : le débat qui ne porte pas son nom
Le 13 avril, changement d’ambiance : place au débat d’orientations budgétaires. En théorie, c’est un moment-clé de la vie municipale, celui où la politique s’extrait du tableau Excel pour parler priorités, arbitrages et vision pour la commune.
Ici, la séquence laisse une impression plus floue. Une quarantaine de pages sont transmises aux élus, dont une bonne moitié consacrée au contexte, à l’existant, au descriptif. Beaucoup d’éléments utiles pour comprendre 2025, un peu moins pour éclairer les orientations à venir.
Puis survient le coup de génie : deux jours avant même la tenue du débat, les élus reçoivent… le budget primitif 2026.
Techniquement, l’explication existe. Le vote du budget est fixé au 24 avril, et les délais de transmission doivent être respectés. Administrativement, rien à redire. Politiquement, cela interroge : si le budget est déjà transmis avant la discussion, de quelles orientations débat-on exactement ? Et pourquoi avoir retenu cette date, alors que le conseil municipal pouvait tout à fait se réunir la semaine suivante ?
Le débat a donc lieu. Mais avec ce léger inconfort des scènes où chacun fait semblant de découvrir un film dont il connaît déjà la fin.
Derrière les chiffres, ce que le budget raconte
Au-delà de la mise en scène, quelques éléments de fond méritent qu’on s’y arrête.
La majorité revendique une ligne de prudence financière. Dans un contexte tendu pour les finances locales, cette prudence n’a rien de choquant. Mais la prudence, à elle seule, ne constitue pas une orientation : gérer ne suffit pas à gouverner.
Premier point d’inquiétude exprimé par la majorité : les dépenses de fonctionnement continuent de progresser et réduisent les marges de manœuvre de la commune. Une telle évolution peut avoir des causes légitimes. Encore faut-il les exposer clairement. À défaut, chacun reste libre d’hésiter entre stratégie assumée et adaptation contrainte.
Autre sujet : les ressources humaines. Juste avant le débat sur le ROB, le conseil municipal vote une délibération créant 21 postes. Si ces créations étaient effectives, elles représenteraient environ 1,1 million d’euros. Dans le même temps, le ROB n’évoque que 4 à 5 recrutements. On peut invoquer l’anticipation, bien sûr. Mais l’écart entre les postes créés sur le papier et les besoins réellement annoncés brouille sérieusement la lecture.
Enfin, un chiffre passe presque inaperçu : 171 000 euros prévus en 2026 et 216 000 en 2025 au titre des atténuations de charges, c’est-à-dire les remboursements liés aux arrêts maladie des agents. Ce montant dit sans doute quelque chose du fonctionnement des services, des conditions de travail et peut-être de certaines fragilités organisationnelles. Le traiter comme une simple ligne budgétaire reviendrait à changer de thermomètre sans s’intéresser aux causes de la fièvre.
Transparence, procédures : quand le flou devient une méthode.
Un autre élément ressort de ces premières séquences : la qualité de l’information transmise aux élus et donc, indirectement, aux citoyens. Certains documents attendus n’ont pas été fournis, ou l’ont été si tard qu’il était matériellement impossible de les étudier avant la séance. Des délibérations ont été modifiées sans information préalable clairement établie. Pris isolément, chacun de ces éléments pourrait sembler anodin. Ensemble, ils dessinent un problème plus sérieux.
Quand les documents arrivent tard, quand ils sont peu lisibles, quand les changements surgissent en cours de procédure, le débat devient mécaniquement plus difficile. Est-ce efficace ? Ce n’est même pas sûr. Transparent, en revanche, beaucoup moins, à coup sûr.
EN CONCLUSION
Le début de mandat a déjà ses scènes, ses rebondissements et ses silences. Vu de loin, cela pourrait n’être que la mise en route d’une nouvelle majorité. Vu de près, cela révèle une manière de faire, de décider et parfois d’éviter le débat, encore trop guidée par l’idée qu’“on a toujours fait comme ça”.
Les Léognanaises et les Léognanais sont en droit d’attendre des pratiques plus efficaces, plus lisibles et plus transparentes.
La majorité s’installe, et il est normal qu’un début de mandat appelle des ajustements. Nous voulons croire qu’elle saura, dans l’intérêt de tous, gagner en rigueur, en clarté et en ouverture, afin que les prochains épisodes soient davantage à la hauteur des attentes démocratiques de la commune.
Au conseil municipal, nos élus resteront sérieux, assidus, déterminés et force de proposition. Ils agiront avec exigence et vigilance pour faire vivre le débat démocratique, porter des propositions utiles et veiller au respect des règles comme à la transparence des décisions qui vous concernent. Parallèlement, le collectif se restructure pour les épauler, approfondir le travail engagé et préparer l’avenir.
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